• La Bugée ou Buée

    Chaque semaine, la lessive ordinaire

    (linge de corps, vêtements de travail, et couleurs)

    était l'habitude des femmes de chaque maison.

    Il en était autrement du gros linge : draps, torchons, serviettes etc.

    En effet, deux fois l'an, au printemps avant les Rameaux

    et à l'automne vers la Toussaint,

    plus précisément avant de tuer et cuisiner le cochon,

    les femmes faisaient la "bugée" ou "buée".
    Ailleurs, on disait aussi "bugeaille", notamment vers Saint-Maixent.

    Les draps étaient changés chaque mois

    et après un rapide lavage à l'eau claire puis plus tard au savon de Marseille,

    suivi d'un rinçage,

    étaient séchés puis étendus dans les greniers

    en attendant le jour de la " bugée ".

    On disait que le linge avait été "éssangé"

    parfois 30 à 40 paires de draps allaient ainsi attendre

    le jour de la " bugée " ou lessive d'autrefois.

    La bugée avait pour but de faire bouillir le linge afin

    de lui rendre toute sa blancheur,

    la cendre (car elle contient des phosphates) remplaçait la lessive.

    Diverses opérations devaient être effectuées préalablement.

    Pour faire une bonne " bugée ", cette cendre,

    consciencieusement tamisée, était préparée à l'avance et ensachée,

    il ne devait pas subsister de résidus de charbon, générateurs de taches.

    Par ailleurs, la veille de la "bugée",

    les draps et le linge étaient sortis des greniers

    afin d'être mis à tremper dans des cuves ou des " timbres "

    jusqu'à la fin de l'après midi.

    Là, le linge était retiré et mis à égoutter sur des tréteaux,

    les draps devaient être tordus de façon à s'égoutter plus vite.

    Avant d'aller plus en avant,

    il devient nécessaire de décrire les moyens

    dont on disposait pour laver et faire bouillir le linge.

    Côte à côte, une ou deux " ponnes "

    (cuve en terre cuite d'un volume de 100 à 200 litres)

    étaient " juchées " sur un piédestal en maçonnerie de 80 cm environ.

    A coté et dessous, était installée la " poêlonne "

    (cuve en fonte chauffée par un feu de bois).

    Au fond des " ponnes " la cannelle,

    sorte de drain en bois de sureau recueillait l'eau

    et l'amenait à l'extérieur au-dessus de la " poêlonne ".

    L'orifice de sortie de l'eau pouvait être obturé par un " tapon " en bois

    dont l'étanchéité était renforcée par un morceau de tissu

    (comme une bonde de barrique).



    Au fond de chaque ponne, au-dessus de la "cannelle",

    un sac de cendre était posé sur un lit

    de sarments de vigne ou sur des tuiles.

    Le linge était avec mille précautions réparti

    puis disposé soigneusement dans la ou les " ponnes "

    dont une était réservée aux draps.

    Ce linge, disposé bien à plat, devait baigner dans sa totalité.

    Ensuite, quelques racines d'iris étaient insérées afin de le parfumer.

    Enfin, les "ponnes" dont les canelles étaient obturées par les " tapons "

    devaient être remplies d'eau.

    Il en était de même pour la " poêlonne ".

    Le lendemain, le feu était allumé sous la "poêlonne".

    L'excédent d'eau bouillante

    était recueilli à l'aide d'un "potin" en fer blanc

    (sorte de casserole cylindrique)

    pour être déversé sur le linge des ponnes.

    Les " tapons " de ces dernières étaient tour à tour enlevés

    (puis remis) de façon à laisser s'écouler au fur et à mesure

    leur " jus " dans la " poêlonne ".

    Ces opérations fastidieuses appelées " faire rouler la lessive "

    se répétaient inlassablement toute la journée,

    ce travail très long était particulièrement fatiguant.

    Le jour suivant, était consacré à la "laverie"

    le linge sorti des "ponnes", "poêlonnes",

    cuves ou bassines était chargé sur des charrettes ou brouettes,

    puis acheminé à la mare.

    C'est alors que les femmes lavaient le linge,

    les battoirs marchaient" fort" mais il parait que les langues aussi.

    Les laveuses prenaient soin,

    de mettre à cuire dans la cendre en fin d'après-midi,

    des pommes de terre qui allaient régaler les enfants à leur sortie de classe.



    Ensuite le linge était rincé, tordu et retordu,

    avant d'être étendu au soleil sur l'herbe de la place ou des prés,

    parfois sur de courtes " palisses ".

    On pouvait aussi le suspendre sur un fil tendu

    entre deux arbres ou deux grands piquets.


    Le lavoir de Nanteuil offrait une table de pierre

    qui avait l'avantage de permettre aux lavandières le travail debout.

    Les seaux en bois étaient portés à l'aide d'une courge "parfois d'un joug".

    L'eau était puisée au puits à l'aide d'un seau ou fournie par une pompe à bras.



    Qu'il devait être pénible et usant de rincer,

    et laver le linge à genou dans l'humidité et le froid

    même si parfois le lavoir était abrité!


    Quand il n'y avait pas de lavoir,

    le rinçage et lavage se faisaient dans des basses (demi-barriques),

    des timbres ou bassies de pierre (où buvaient les animaux)

    ou plus tard des bassines de zinc.

    Le soir venu, dès lors que ce linge était bien sec,

    il était chargé sur des brouettes,

    ramené à la maison et enfin plié sur des chaises.

    Deux jours plus tard, les chemises des hommes,

    les serviettes et mouchoirs étaient repassés.

    Le reste, sachant que tout avait été "contre plié",

    ne demandait aucune précaution supplémentaire

    et était rangé dans les armoires d'où émanaient ensuite des odeurs d'iris.

    La bugée (bughée) était alors terminée et tous se donnaient rendez-vous

     " A dans six mois ! "


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